Psychologie

COMMENT PROTÉGER VOTRE ENFANT DU CULTE DU CORPS PARFAIT

Un jour, je retrouve ma fille de 6 ans en train de jouer avec mon téléphone. Elle avait ouvert l’application appareil photo et s’amusait à ajouter des filtres sur les clichés que j’avais pris d’elle. Jusque-là, rien d’inquiétant, sauf que je ne vous parle pas d’oreilles de lapin ou de museau de chat ! Non, il s’agissait de filtres pour rendre plus mince, plus jeune, plus maquillée… Et à ma grande stupéfaction, ma chérie se trouvait systématiquement plus belle sur les photos retouchées que sur les images d’elle au naturel. Ma petite fille avec ses belles joues roses rebondies et ses grands yeux pétillants, se trouve plus belle avec le visage émacié et les yeux peints au mascara ! QUEL CHOC !

Mais elle n’est apparemment pas la seule puisque plusieurs études menées en écoles primaires, soulèvent que des enfants expriment dès 6 ans un désir d’être mince et qu’on peut observer dès 9 ans des comportements liés à la volonté de perdre du poids et une image corporelle négative.

Depuis quand la préoccupation d’avoir “quelques kilos en trop” est passée des magazines féminins aux cours d’école primaire ?

Les risques d’une image corporelle négative

Dès lors, il est indispensable d’aider les enfants et les adolescents qui nous entourent et que nous aimons à se protéger des conséquences d’une image corporelle négative. Nous savons aujourd’hui qu’elle est en lien avec le risque de développer des troubles des conduites alimentaires (anorexie, boulimie, hyperphagie…) mais également avec une faible estime de soi et des symptômes dépressifs.

Aimer son corps est déjà difficile à l’âge adulte et nous luttons sans cesse contre notre insatisfaction, nos complexes et notre estime de nous fragile… Mais nous ne souhaitons pas cela pour nos enfants ! De plus, une image corporelle positive est le plus grand indicateur de l’estime de soi future chez les adolescents.

Alors battons-nous pour que la prochaine génération développe une meilleure relation avec l’alimentation et une image corporelle saine !

Retrouvez ici des astuces toutes simples pour booster sa confiance en soi!

Les parents sont-ils responsables ?

Voir son enfant en détresse est difficile pour tout parent et cela peut mener certains d’entre nous à se questionner : auraient-ils pu faire ou dire les choses différemment ? Auraient-ils pu mieux protéger leurs enfants ? Leur propre bagage familial serait-il en cause ? Ces questionnements peuvent générer leur lot de culpabilité et j’aimerais dans cet article surtout mettre l’accent sur le rôle positif que les parents peuvent avoir dans la prévention de ces troubles.

Si nous avons nous même une image négative de notre corps ainsi qu’une relation conflictuelle avec l’alimentation et du mal à gérer nos émotions, il est normal d’avoir peur de transmettre ce mal-être à nos enfants et de se demander comment l’aider à vivre en paix avec son image corporelle et son poids et à entretenir une relation harmonieuse avec l’alimentation !

Avant toute chose, nous savons aujourd’hui que l’hypothèse selon laquelle le développement d’un trouble des conduites alimentaires chez un enfant serait attribuable au comportement d’un parent est désormais dépassée. OUF !!!!

Bien que des études aient longtemps détaillé les particularités des familles au sein desquelles un enfant souffrait d’un trouble des conduites alimentaires, il est toutefois hasardeux d’attribuer un lien de causalité entre la dynamique familiale et le développement du trouble car la méthodologie employée dans ces études présentait des failles importantes.

Retenons donc qu’à ce jour, aucune étude n’a permis de conclure qu’un facteur de risque spécifique chez les parents et dans la dynamique familiale permettait de prédire systématiquement l’apparition d’un trouble des conduites alimentaires chez l’enfant. Voilà de quoi nous défaire une fois pour toutes du blâme porté automatiquement aux parents !

Dans la suite de cet article, je délivre plusieurs conseils et outils pour les parents qui souhaitent devenir un modèle positif et un facteur de protection pour leurs enfants et exercer une influence positive dans leur vie !

Si vous souhaitez aller plus loin sur le sujet, je vous conseille l’excellent livre du Dr Catherine Senécal « Ton poids, on s’en balance ! ».

QUE DIRE ?

Le premier conseil et sans doute le plus important, est de faire attention à ce que nous disons, à ces petits commentaires ici et là sur notre physique, celui de nos enfants ou celui des copains… Ils peuvent être très néfastes.

D’ailleurs gardons à l’esprit que les parents ont un rôle primordial à jouer sur ce plan puisqu’il a été démontré que leurs propos et attitudes ont le pouvoir d’influencer l’image corporelle de leur enfant. Le changement le plus important à mettre en place comme parent est donc de cesser tous types de commentaires sur le poids corporel.

Bannir le “fat talk”

Connaissez-vous le « fat talk » ou le « fat shaming » ? Ce sont des termes utilisés par les jeunes pour dégrader le poids ou l’image corporelle d’une personne en surpoids ou en obésité. Le terme « body shaming » (l’humiliation du corps) est également utilisé et dans ce cas l’humiliation peut viser toutes les caractéristiques physiques pouvant être dévalorisées socialement (cellulite, vergetures, petite poitrine, certaines rondeurs, texture ou couleur des cheveux, nez proéminent…).

Les filles s’engagent dans les conversations de fat shaming plus fréquemment à l’adolescence et au début de l’âge adulte, ressentant une pression sociale à se conformer à ce type de discours lorsqu’il se fait en groupe. Les auteurs d’une étude mentionnent que les conversations de fat shaming représenteraient un moyen de gérer la détresse ressentie face à son image corporelle et aux émotions négatives reliées au sentiment d’être gros ou à la peur de grossir. Ce serait également une façon de sentir qu’on fait partie d’un groupe, qu’on ne dénote pas de la norme lorsque celle-ci est de se dévaloriser.

Voici des exemples de répliques typiques : « je suis tellement grosse », « franchement elle devrait faire un peu attention », « j’ai tellement peur de prendre du poids », « il te reste ta petite bedaine à perdre », « tu devrais faire un régime, il faut que tu te prennes en main », « c’est dommage, tu as un tellement beau visage », « je devrais faire du sport plus souvent, regarde mes grosses fesses ».

Par ailleurs, dans plusieurs familles, en fonction de l’éducation et des valeurs reçues, il est monnaie courante d’entendre que ce n’est pas convenable de parler de nos réussites et de nos fiertés que ce soit sur des sujets comme la popularité, l’argent, la beauté ou l’intelligence. Ainsi, démontrer une bonne estime de soi est associé à de la vantardise. En entendant un tel discours nous envoyons donc un double message à nos enfants : être mince est très important et même lorsque notre corps nous plaît, il faut tout de même le dévaloriser et le critiquer pour être accepté dans la société. Quel terreau fertile pour le développement d’un trouble des conduites alimentaires !

En pratique :

  • Mettez en place une « politique zéro tolérance » quant aux commentaires dénigrants sur son propre physique et sur celui des autres.
  • Ne commentez pas le poids des autres personnes, enfants comme adultes, autour de vous, qu’il s’agisse de personnes que vous connaissez ou d’étrangers. Par exemple, « Dis donc, tu n’aurais pas pris/perdu du poids depuis la dernière fois ? » devient tout simplement « Salut, je suis contente de te voir, comment vas-tu ? ». Cela évite de renforcer la perception selon laquelle il existe un format unique de beauté.
  • Lorsque notre enfant qualifie une personne de « grosse » :
    • Commencez par changer son vocabulaire : le terme gros est à éviter car il est péjoratif, disons d’une personne qu’elle est en surpoids.
    • Expliquez-lui l’obésité : les causes de l’obésité sont une interaction complexe entre les gènes et l’environnement. Nous ne sommes pas tous dotés du même bagage : certains sont favorisés en présentant un poids naturel plus similaire aux idéaux sociaux et en grandissant dans un environnement propice à développer de saines habitudes alimentaires. De plus, certains troubles de santé peuvent-être associés à une prise de poids. Il est important d’éduquer notre enfant sur les causes de l’obésité afin de lui permettre de mettre de côté les jugements et de démontrer de la compassion.
  • Enseignez à votre ado à s’affirmer auprès de ses pairs : vous pouvez par exemple lui donner des modèles d’affirmations : « Ça me rend triste qu’on parle du poids de cette personne, aucun de nous ne voudrait qu’on parle d’elle de cette façon. », « Je comprends qu’on a possiblement des parties de notre corps qui nous plaisent moins mais on ne devrait pas avoir besoin d’être parfait pour être beau, nous sommes plus qu’un corps, nous ne sommes pas des objets ».

Pas de commentaires sur le poids de son enfant

Un autre point important, est d’éviter tout commentaire sur l’apparence physique ou le poids de votre enfant. Même si l’intention est bonne et que le commentaire est positif, le résultat est le même : vous envoyez à votre enfant un message selon lequel il est important pour vous qu’il représente un certain idéal de beauté et que l’apparence fait partie de vos valeurs familiales.

À plusieurs moments de son développement, votre enfant prendra du poids ou s’arrondira de façon tout à fait normale et c’est particulièrement important dans ces phases critiques de ne pas commenter son apparence. Exprimer de l’inquiétude où faire des blagues sur ces changements pourrait avoir des conséquences négatives sur sa santé psychique.

En pratique :

  • Ne faites aucun commentaire lorsque votre enfant prend ou perd du poids.
  • Évitez de mettre l’accent sur la nourriture, la silhouette corporelle et la perte de poids et mettez plutôt en valeur l’importance de la santé générale et du plaisir de manger sans contrôler l’alimentation.
  • Intéressez-vous aux événements que les jeunes vivent et sur les émotions qu’ils ressentent, connectons-nous autrement.
  • Ne faites pas de comparaisons avec le frère, la copine…
  • Complimentez-le sincèrement sur ses qualités. Cela lui permettra de construire une estime de soi solide qui lui fera traverser ensuite l’adolescence plus sereinement.
  • Demandez-vous quelle peur se cache derrière vos remarques : est-ce la peur qu’il reproduise vos erreurs ? qu’il grossisse ? Dites-vous que faire des commentaires risque au contraire d’être contre-productif. Trouvez un moyen d’agir autrement !

Attention à l’auto-critique!

« J’ai encore pris du poids », « Je n’ai rien à me mettre », « Ce n’est pas bon pour ma ligne », « Je dois faire attention », « Il va falloir que j’aille courir pour brûler toutes ces calories », « Je me trouve moche sur cette photo » … Toutes ces petites réflexions ne tombent pas dans l’oreille d’un sourd !

Quel est le modèle d’adulte qu’on leur offre à travers le rapport que nous avons avec notre propre corps ? Est-ce celui d’adultes qui toute la journée sont préoccupés par leur corps, par un idéal ? … Mais nous existons en dehors de ce qu’on voit du corps.

Cela peut sembler utopique dans un monde ultra connecté, où tout nous rappelle qu’il faut correspondre à des canons de beauté. Mais dans la relation à soi on peut lutter contre ça.

Si nous sommes en train de nous dire qu’on a pris trop de poids: à travers notre focalisation sur la minceur, notre enfant sent qu’il doit correspondre à une injonction parentale alors même qu’il est parfois lui-même en difficulté avec son corps, notamment à l’adolescence.

Si cela est néfaste pour les enfants d’entendre ce type de remarques, pourquoi cela serait-il acceptable pour vous ? Dénigrer votre image corporelle, qu’est-ce que cela vous apporte au fond ?

Il s’agit probablement d’une habitude ou bien cela vous donne une fausse impression de contrôler votre corps. Peut-être aussi que c’est une manière de vous rassurer en allant chercher l’approbation de votre entourage.

Plusieurs me répondront qu’ils ont peur de prendre du poids s’ils cessent de critiquer leur apparence. Pourtant aucune étude n’appuie cette croyance. Au contraire, la motivation est générée par la bienveillance et non pas par le fouet !

Cessons donc de commenter notre corps, notre poids et notre apparence dans tous les contextes que ce soit en faisant du shopping avec nos enfants ou en mangeant un repas en famille.

En pratique :

  • Évitez les commentaires sur votre propre apparence physique ou votre poids, ne dites plus : “je n’aime pas cette photo, on voit mon double menton ! Efface-là”.
  • Vous allez me dire : « oui, mais à chasser le naturel, il revient aussi vite au galop ! ». Il n’y a rien de mal non plus à parler de nos doutes et difficultés. Le tout est dans la manière de le faire. Vous pouvez parler avec sincérité de vos difficultés et partager vos propres expériences: « quand je stresse j’ai tendance à manger n’importe comment, j’ai bien conscience que cela n’est pas sain et c’est pour cela que je veux me mettre à la méditation pour apprendre à gérer mon stress autrement», « j’ai parfois du mal à me trouver belle lorsque je me regarde dans le miroir et je trouve cela dommage, j’aimerais vraiment que cela change, je vais tout faire pour », « moi, à ton âge j’avais telle difficulté et je te souhaite vraiment de réussir mieux que moi et de de vivre les choses autrement ! ».
  • Parlez de vos défauts avec humour. Transformez l’auto-critique en auto-dérision ! “Cette photo fait ressortir mon double menton !” ponctué d’une grimace fera rire vos enfants et leur montrera que vous n’êtes pas susceptible et que vous ne vous prenez pas au sérieux. Pourquoi ne pas proposer à vos enfants de faire des photos de grimaces au lieu de faire des photos posées et retouchées ! De même, “j’ai l’air d’un saucisson dans cette robe” peut s’avérer très drôle, accompagné du mime adéquat !
  • Si besoin, travaillez sur votre propre rapport au corps

QUE FAIRE ?

Maintenant que nous avons vu quoi dire, voyons désormais quoi faire !

Nous le savons bien, nous n’éduquons pas seulement par de belles paroles, mais surtout et avant tout par nos actes et le modèle que nous offrons à nos enfants. Notre façon de nous comporter face à la nourriture, notre réaction devant notre image, nos préoccupations quant à notre apparence sont autant de manifestations qui vont influencer l’enfant dans la construction de sa propre image corporelle.

Les enfants sont très observateurs et enregistrent tout ! Nous n’avons pas conscience du nombre de gestes et de paroles que nous faisons sans y penser et que les enfants enregistrent ! Et tout ceci accumulé n’est pas anodin !

Bien sûr, il n’est pas question de se brider et de s’empêcher tout naturel, ni de se culpabiliser (surtout pas)! Mais nous pouvons décider de considérer avec lucidité (et bienveillance) notre rapport à la nourriture et à notre corps et d’entreprendre ce qu’il faut pour nous conduire vers plus d’épanouissement sur ce point.

Par ailleurs, il est également possible de procéder à quelques ajustements à la maison. En voici quelques-uns.

Miroir et balance : amis ou ennemis ?

Combien de fois me suis-je pesée devant ma fille, sans y prêter attention et elle de me demander “Maman, qu’est-ce que tu fais?”, “rien, je regarde juste combien je pèse”, “pourquoi?”….Oui, c’est vrai, “POURQUOI?”.

Peut-être cela vous est-il déjà arrivé également… De même, passer devant un miroir en se regardant avec insatisfaction ou en soupirant, est quelque chose que nous faisons parfois sans nous en rendre compte mais qui pour nos enfants, ne passe pas inaperçu !

Le principal message délivré ici est que le « combien je pèse » occupe une place importante dans la vie et que les miroirs servent à se scruter, à mieux voir nos défauts ou à vérifier la qualité de notre apparence. Dans tous les cas, ce n’est sûrement pas ce qui aidera nos jeunes à développer une image positive de leur corps !

En pratique :

  • N’utilisez plus votre balance, ou alors plus en présence de vos enfants.
  • Collez des post-it sur vos miroirs vous rappelant de vous aimer et de sourire ! « smile ! », « you are beautiful »…

Récompenser, punir, consoler

Vous-est-il déjà arrivé de récompenser vos enfants, de les consoler ou d’exercer la discipline en utilisant la nourriture ?… Moi aussi! 😉

Quand notre enfant hurle de douleur au milieu de la rue, c’est parfois plus simple de lui donner quelque chose à manger pour le calmer. Ou bien, pour faire plaisir à ses enfants, acheter une pâtisserie est plus rapide et facile que d’organiser une sortie ou une activité !

Évidement partager avec son enfant le plaisir de déguster une bonne glace est une très bonne chose et lui enseigne le plaisir de manger sans culpabiliser. Mais cela ne doit pas être systématique à chaque chagrin ou victoire de votre enfant, au risque qu’il garde plus tard cette habitude de se consoler ou de se récompenser par la nourriture ! Cela vaut donc le coup de trouver d’autres moyens de faire !

Les associations entre émotions positives ou négatives et un aliment restent ancrées très longtemps dans notre cerveau. Alors en évitant d’associer une punition ou une célébration à un aliment, nous évitons d’établir un lien émotionnel avec la nourriture.

En pratique :

  • Consolez par des paroles réconfortantes et des câlins
  • Récompensez par tout ce qui pourrait faire plaisir à votre enfant mais qui ne se mange pas ! (Livre, sortie au cinéma…)
  • Priver de dessert, c’est has-been !

Pendant les repas

Quelle est l’ambiance des repas chez nous ? Quelle attention portons-nous à ce que nous mangeons ?

Une étude récente menée en Italie s’est intéressée aux parents présentant des troubles des conduites alimentaires et à leur état émotionnel lors des repas. Ces personnes souffraient pour la plupart d’hyperphagie, une compulsion alimentaire qui pousse à absorber fréquemment rapidement une grande quantité de nourriture. Il s’est avéré que dans ces familles, le climat général autour de la table était davantage négatif et qu’il existait plus de conflits parents-enfants à propos de la nourriture. Ces parents affichaient par ailleurs un manque d’empathie envers les besoins de l’enfant (faim et satiété).

Ces résultats peuvent refléter le conflit interne avec la nourriture ressenti par les parents aux prises avec un trouble des conduites alimentaires non traité. Avec un discours intérieur de type « la nourriture me fait perdre le contrôle, mes signaux internes ne sont pas fiables, il faut donc contrôler mon alimentation sinon je vais prendre du poids » ou bien « je dois contrôler l’alimentation de mon enfant sinon il prendra du poids »… s’alimenter devient stressant et le moment des repas l’est tout autant.  

Alors si vous souffrez vous-même de troubles des conduites alimentaires, vous pouvez avoir peur de transmettre cette attitude à votre enfant, mais rassurez-vous, cela n’est pas inévitable ! D’ailleurs si vous vous en préoccupez, c’est que vous en avez conscience et que vous êtes déjà en train de faire bouger les choses dans la bonne direction !

J’aimerais surtout insister ici sur le rôle positif que peuvent jouer les parents ! En effet, des preuves cliniques nous permettent de conclure qu’un parent peut avoir un impact réel sur la prévention d’un trouble des conduites alimentaires ou de l’image corporelle chez l’enfant, et ce même lorsque le parent souffre lui-même d’un trouble des conduites alimentaires ! Plutôt encourageant, non ?

Ces recherches menées au Canada, ont permis de constater que lorsque les parents participent à un programme de prévention pour repenser leur rapport à la nourriture, le risque de l’enfant de développer un trouble des conduites alimentaires est réduit de 40 %. Ces parents vivraient moins de conflits familiaux à l’heure des repas et répondraient mieux aux besoins de leurs enfants. On sait donc désormais à quel point les parents peuvent jouer un rôle protecteur auprès de leurs enfants dans le cas de troubles des conduites alimentaires.

Il est donc essentiel de commencer par prendre soin de vous-même en vous donnant la chance de retrouver une relation saine avec la nourriture. Tout ce qui pourra vous faire du bien et vous épanouir n’en sera que plus profitable à vos enfants ! Voilà une excellente excuse pour faire de son développement personnel une priorité !

En pratique:

Voici comment alléger le climat familial pendant les repas :

  • Dites adieu aux régimes amaigrissants ! En mangeant normalement vous vous libérez de cette prison inefficace et vous empêcher ces préoccupations d’interférer avec votre intuition et votre sensibilité à l’égard des besoins de votre enfant.
  • Notez pendant une semaine quels sont les déclencheurs de conflits lors des repas pour ensuite trouver des solutions afin de diminuer ces emportements.
  • Respectez les signaux internes de votre enfant. Encouragez-le à nommer sa faim et à reconnaître ses sensations de satiété.
  • Choisissez des sujets de conversation agréables, non associés à la nourriture. Lancez une discussion à propos d’un sujet qui vous intéresse tous.
  • Si les deux parents vivent sous le même toit : tentez d’être le plus possible présents ensemble à table lors des repas, de façon à vous offrir mutuellement davantage de soutien.

Aménager notre domicile

Il est également possible de modifier notre environnement afin que notre domicile et notre foyer deviennent une zone protégée de la pression sociale. Fini les magazines féminins prônant le dernier régime à la mode dans les toilettes !

En pratique :

  • Débarrassez-vous des magazines qui présentent le corps comme un objet sexuel et mettent l’accent sur les apparences, ainsi que des livres de régimes amaigrissants.
  • Renseignez-vous sur les réseaux sociaux et les sites Web que votre enfant utilise et discutez-en ensemble régulièrement.
  • Encouragez les activités qui ne sont pas axées sur l’image : lecture, musique, peinture, dessin, sortie au théâtre…
  • Lorsque vos enfants ressentent une pression de leur environnement liée à leur apparence physique, encouragez l’activisme (rédiger une pétition, écrire une lettre aux autorités, organiser un événement…). On incite ainsi ses enfants à se mobiliser pour faire changer les choses.
  • Assurez-vous que les filles et les garçons sont sur un pied d’égalité et qu’ils ont les mêmes règles et statuts. Par curiosité, faites l’expérience suivante : imaginez que votre enfant soit du sexe opposé. L’habilleriez-vous de la même manière ? Lui proposeriez-vous le même genre d’activités ? Lui serviriez-vous des portions de la même taille à table ?

DÉVELOPPER SON ESPRIT CRITIQUE

En tant que parents il peut sembler perdu d’avance de chercher à se battre contre les troubles des conduites alimentaires dans un univers saturé par des publicités dans lesquelles les corps sont présentés comme des objets et où une industrie de la perte de poids génère des milliers de dollars chaque année.

Pourtant le milieu familial peut devenir un facteur de protection un peu comme les racines d’un arbre permettant à celui-ci de rester ancré au sol et de résister aux vents les plus violents.

Parler des dangers des troubles des conduites alimentaires (TCA)

Il est de notre responsabilité de transmettre à nos enfants une vigilance face au danger que représentent les troubles des conduites alimentaires, en particulier l’anorexie et la boulimie.

Attention !

En cas de doute sur l’existence d’un réel trouble des conduites alimentaires il est important d’aller consulter dans les plus brefs délais. Décider d’aller chercher de l’aide est l’étape la plus difficile, mais il ne faut jamais oublier que ces troubles peuvent entraîner des complications médicales graves. Plus vite le trouble est identifié, plus vite le traitement peut débuter et plus on augmente les chances de guérison complète.

Critiquer le discours social

En grandissant l’enfant est soumis à une pression, à une norme, toujours plus exigeante en ce qui concerne l’apparence, poussant à rechercher toujours plus de minceur, de beauté, de musculature… Et si en tant qu’adulte nous avons la maturité de prendre du recul et de relativiser cette influence, c’est beaucoup plus difficile pour les enfants…. D’autant plus que leur génération, encore plus que la nôtre, subit une énorme pression sociale, notamment par le biais des réseaux sociaux.

Heureusement, il est possible de faire contrepoids à cette pression sociale ! Gardons en tête que les adultes qui composent le proche entourage d’un enfant demeurent une influence majeure. Dans le développement de ses valeurs, notre regard critique et les explications que nous pouvons fournir pour déconstruire les stéréotypes sont d’une importance cruciale. De même, en encourageant notre enfant à percevoir son corps et celui des autres autrement que comme un objet nous construisons sa résistance à cette pression et renforçons son estime de lui-même.

Prudence face aux modèles de beautés véhiculés par les médias

Nous sommes envahis de publicités, de magazines, d’émissions de télévision et de films qui nous offrent un modèle unique de beauté, présenté comme une voie d’accès vers le bonheur.

Dans les faits, le modèle de minceur présenté par les mannequins et les célébrités correspond à 1% de la population ! Il est donc important d’aider notre enfant à faire la part des choses. Nous pouvons lui faire prendre conscience que le corps de 99 % des gens qu’il connaît est fait différemment de ce qui est présenté dans les publicités et les médias. Est-ce qu’il serait logique pour un oiseau de passer toute sa vie à tenter de se transformer en poisson ?

De plus, la plupart des enfants n’ont pas conscience du processus auquel l’image d’une personne est soumise avant d’être diffusée. Les traits des gens, déjà favorisés génétiquement, sont magnifiés par toute une équipe de professionnels tel que maquilleur, styliste, coiffeur, entraîneur et en prime ils sont modifiés à outrance par ordinateur ! C’est bien connu, la meilleure crème anti-rides, le meilleur régime amaigrissant, le meilleur chirurgien esthétique…c’est Photoshop !

La balle est en partie dans notre camp : mobilisons-nous afin d’aider nos enfants à distinguer le vrai du faux dans les médias et à s’affirmer lorsqu’ils ressentent une pression en rapport avec leur apparence !

En pratique :

  • Développez le sens critique de votre enfant devant les modèles d’images corporelles qui lui sont présentés, en le questionnant :
    • « Dans notre famille est-ce que tu connais quelqu’un qui a un corps pareil à ta poupée ou ta figurine ? Pourquoi selon toi ? »
    • « Quel genre de sacrifices penses-tu qu’une personne doit faire pour modifier son corps de cette façon ? Penses-tu qu’il reste dans sa vie beaucoup de temps pour jouer ? »
    • « Les gens que tu aimes le plus, comme ta grand-mère ou ton père, ont-ils besoin d’avoir un corps parfait pour que tu les aimes ? »
  • Pour résister face au stéréotype de beauté des médias, pourquoi ne pas discuter de vedettes qui sortent du moule et qui peuvent être des modèles positifs
    • Pour la diversité de leur image corporelle : Serena Williams, Adèle,  Stephen Hawking, Zach Miko, Ashley Graham…
    • Pour d’autres caractéristiques que leur apparence : Marie Curie, Noam Chomsky, Nelson Mandela, Jane Goodall…
  • Débattez ouvertement en famille des messages normatifs et des idéaux corporels irréalistes des médias et de la société.
  • Questionnez votre enfant et écoutez, sans jugement, avec ouverture d’esprit, son opinion sur les événements et les choses dans son environnement qui le font se sentir mal par rapport à son image corporelle ou son poids.
  • Identifiez ensemble des solutions et prenez part à des actions militantes afin d’agir directement sur ce qui le dérange dans son environnement. Une des clés de la résistance est la mobilisation !
  • Aidez votre enfant à comprendre que la valeur ou la beauté d’une personne ne se résume pas à son degré de correspondance à une norme arbitraire.
  • Incitez-le à investir dans les différentes sphères de sa vie qui lui permettent de construire sa valeur et développer son identité en se basant sur autre chose que l’apparence physique, en mettant à l’avant-plan ses traits de personnalité, ses connaissances, ses talents artistiques ou sportifs…

SON CORPS, CE TRÉSOR!

Ne pas négliger le contact physique

La manière dont nous considérons le corps de notre enfant, les soins, la tendresse que nous lui apportons, tout cela participe à la construction de son image corporelle positive, d’autant plus si cela est associé à des moments de joie, de détente et de complicité.

  • Donnez de l’affection physique à votre enfant en donnant des câlins, des bisous, des caresses et ce, peu importe son poids corporel.
  • Partagez des activités corporelles avec vos enfants : massage, acroyoga, colin-maillard…

Prendre soin de lui

Nous pouvons également aider notre enfant à développer un rapport positif avec son corps en lui apprenant à prendre soin de lui et à porter un regard bienveillant sur lui.

En pratique :

Nous pouvons amener notre enfant à acquérir les habitudes suivantes :

  • Être doux avec son corps en apprenant à en prendre soin, à bien connaître son corps et les sensations agréables qu’il peut procurer, à choisir des tissus doux et confortables pour s’habiller…
  • Porter des vêtements de la bonne taille, ni trop amples ni trop ajustés, sans tenir compte de la taille indiquée sur l’étiquette !
  • Se regarder dans le miroir sans se scruter, en prêtant attention aux parties de son corps qu’il aime.
  • Apprenez-lui à se mettre en valeur, à connaître les couleurs qui lui vont le mieux, allez chez le coiffeur ensemble…

Lui apprendre à aimer son corps

Voici quelques conseils pour aider notre enfant à aimer son corps tel qu’il est et à en être fier !

En pratique :

  • Voici quelques questions à poser à votre enfant pour l’amener à réaliser les forces et les faiblesses de son héritage corporel
    • « Quelle partie de mon corps ressemble à celle de ma famille ? » (J’ai le nez de papa, les yeux de mamie)
    • « Quelle partie de mon corps me permet de faire mes activités préférées ? » (Mes jambes me permettent de courir vite au foot)
  • Mettez l’accent sur la fonctionnalité du corps, sur ce qu’il est capable de faire plutôt que sur son apparence, en l’encourageant à pratiquer des sports qui l’intéressent où la performance n’est pas associée à l’aspect esthétique ou le poids corporel (football, yoga, basket, ski, vélo, arts martiaux…)
  • Évitez à vos enfants d’associer le sport avec la perte de poids ou le fait de devenir plus musclé. Enseignez-leur à bouger pour le plaisir !

Le défi des enfants adoptés ou métissés

Pour la majorité des enfants adoptés ou métissés, ni Maman, ni Papa ne leur ressemble tout à fait sur le plan physique. Cela peut représenter un défi supplémentaire pour un enfant grandissant au sein d’une famille présentant une image corporelle associée à une ethnie différente de la sienne. Dans ce cas-là, la définition de son identité ne concorde pas nécessairement avec l’image projetée dans le miroir et peut soulever des questionnements durant la période scolaire où l’on est davantage appelé à se comparer aux autres et à trouver notre place dans cette micro-société qu’est l’école ou la famille.

Cette situation est de plus en plus présente puisque les cultures s’entrelacent davantage avec le temps. Des études démontrent l’importance de ne pas nier ce double héritage en cherchant à se forcer à rentrer dans une seule case. Pouvoir explorer ses différentes ascendances et cultures en impliquant toute la famille est l’idéal.

Pourquoi ne pas fréquenter des gens et intégrer des traditions appartenant aux différentes cultures, incluant des styles vestimentaires, qui composent l’héritage de votre enfant. Cela représentera une force pour lui !

De la gratitude pour ce corps merveilleux !

Nous passons tellement de temps à râler sur ce corps qui n’est « jamais assez » : jamais assez mince, musclé, bronzé, jeune, tonique, léger, beau, lisse…bref, jamais assez parfait ! Mais vous savez quoi ? Ce n’est pas son rôle ! Notre corps n’est pas là pour être parfait ni pour correspondre à une quelconque norme culturelle !

Notre organisme a pour fonction de porter la vie. Il nous offre une expérience incroyablement riche grâce à tous nos sens. Tous les organes qu’il renferme sont des systèmes ultrasophistiqués. Nos jambes voyagent, nos bras enlacent et notre gorge chante. Notre corps permet la communication, l’apprentissage, l’amour… Et tout ceci il le fait plutôt bien, non ? Cela remet les choses en perspective !

Je souhaite que cette lecture entraîne des réflexions au sujet de votre enfant mais aussi de la relation que vous entretenez avec vous-même, car parfois comme parents nous mettons tous nos efforts pour assurer le bien-être de notre enfant et nous oublions de prendre soin de nous. Je vous invite à célébrer votre corps à travers les changements dus à la maternité, aux conditions médicales et au vieillissement et à éprouver de la compassion et de la gratitude envers lui. Quelle belle manière de le remercier pour tout ce qu’il accomplit pour nous !

Finalement, en tant que parents, même si nous n’avons pas le contrôle sur tous les facteurs (génétique, tempérament de notre enfant, médias…), nous avons toutefois le pouvoir d’évacuer au sein de notre famille toute pression à être mince, en développant une relation saine avec notre corps et avec les aliments, en sensibilisant nos enfants sur l’importance de prendre soin de soi, de s’accepter tel que l’on est, de prendre plaisir à manger et bouger pour rester en bonne santé !

Pour aller plus loin : Dre Catherine Senécal “Ton poids, on s’en balance !”

« Cet article participe à l’évènement “Les meilleurs livres pour accompagner les enfants » du blog www.apprendre-chaque-jour.fr J’apprécie beaucoup ce blog, et mon article préféré est «Dis-moi tout sur les cartes mentales».

Crédit Photos https://www.freepik.com/

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6 Comments

  1. Bonjour Marie et merci pour cet article très complet !

    Il est vrai que les enfants sont assez durs entre eux, mais que nous ne sommes pas non plus tout blanc. On peut montrer de mauvaises habitudes sans le vouloir. En ce moment je travaille beaucoup sur les mots que j’emploie, j’essaie d’être plus positifs et je vois une réelle progression dans mes relations avec les autres.

    J’ai un élève dont les parents sont très durs avec lui sur son poids. Cet enfant cherche à perdre du poids, mais surtout améliorer sa condition physique pour le ju-jutsu car il adore ça. Seulement ses parents ne l’aident pas à changer ses habitudes alimentaires. Il veut se faire des oeufs ou du poisson le matin, parce qu’il aime ça, mais ces parents refusent pour l’odeur. Ceci n’est qu’un exemple. J’essaie de l’aider à s’accepter tel qu’il est, mais c’est parfois difficile quand on est extérieur à la famille. Auriez-vous une idée ?

    1. Marie Lind says:

      Merci Marvin!

      Déjà, je trouve cela super que ton élève adore le Ju-jitsu et qu’il s’investisse dans cette activité. C’est certainement très bien pour sa confiance en lui.

      Ensuite, le fait qu’il puisse parler avec toi de ses difficultés est aussi très positif. Il y a un âge où le dialogue avec les parents devient plus difficile. Dans ce cas, le jeune va chercher dans son entourage d’autres adultes auxquels s’identifier. Tu peux être un modèle pour lui et même si tu es extérieur à la famille, tout ce que tu peux lui dire et transmettre a quand même de l’impact! (Tu pourrais aussi lui parler des difficultés que tu as eu au même âge avec ton corps, tes parents…).

      Je pense qu’il faut encourager ce jeune à dialoguer avec ses parents, leur dire la pression qu’il ressent et son désir d’obtenir plus de soutien de leur part. Si le dialogue est vraiment difficile, est-il possible de trouver une personne qui pourrait servir de médiateur et parler aux parents au nom de l’enfant? (éducateur, autre membre de la famille…).

      Peut-être est-il possible de trouver des compromis (cuisiner le poisson en papillotes pour éviter les odeurs…).

      Il est possible aussi que les objections des parents, soient surtout des “excuses” qui cachent peut-être des peurs ou résistances plus profondes. Il faudrait voir pourquoi est-ce qu’ils sont si durs avec lui à propos de son poids (ont-ils eux-même souffert étant jeunes, ont-ils peur que l’attitude de leur enfant cache un réel trouble du comportement alimentaire, se font-ils du souci…). Ce sont des pistes que tu peux donner à ton élève.

      Si l’enfant en souffre vraiment trop, peut-être peut-il en parler à une infirmière ou psychologue scolaire.

      En tous cas, bravo pour ton engagement auprès des jeunes!

      Marie

  2. Hello Marie,
    Merci pour ce super article très complet. Il déculpabilise les parents (merci), il donne plein de petits trucs, il aide à repenser et réfléchir! Merci encore!!

    1. Marie Lind says:

      MERCI beaucoup Aurélie!!!! Je suis contente que mon article puisse aider! Les parents sont humains, ils font de leur mieux. Je trouve important de se déculpabiliser pour avancer!

  3. Marie, je partage cet article avec jubilation ! Il est très complet, écrit avec respect et sensibilité, et donne de vraies solutions ! J’applique déjà beaucoup de choses avec ma petite belle-fille de 10 ans, qui critique son corps et pointe tous les défauts alors qu’ils n’existent pas et qu’elle est juste magnifique ! Je vais me procurer le livre que tu conseilles aussi en passant par ton lien 😊 Formidable, merci !!
    Claire, du Blog https://recettes-minceur-bonheur.com

    1. Marie Lind says:

      MERCI beaucoup Claire pour ton enthousiasme et ton partage! Je souhaite à ta petite belle-fille de s’épanouir et de devenir une femme heureuse! Elle a de la chance de t’avoir pour inspiration!!!

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